Le gaspillage alimentaire vu par Mme Royal : la Ministre sort les armes mais se trompe de cible et de munitions.

// Billet d'humeur d'Olivier Bordais, adhérent E.Leclerc Landerneau //

Madame Royal, toujours aussi prompte à dégainer maladroitement le lance flamme, avançait cet été : "Il est inadmissible que les grandes surfaces détruisent des stocks alimentaires notamment en mettant de l'eau de javel dessus". Énième tacle contre la Grande distribution (on va finir par être pendu !). C'est encore une fois, Madame la Ministre, "pas au niveau" !

Est-ce vraiment via ces banderilles que vous allez cimenter toute la société autour de cette priorité nationale ? Comme si, gaspiller et jeter de la nourriture faisait partie des bonnes pratiques jubilatoires de notre beau métier !


Madame la Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, la polémique ne fait pas avancer le débat, car quand elle manque de fond, tout le monde stagne. C’est donc au nom de l’économie de votre énergie que nous vous proposons de rectifier le tir et la nature de vos munitions. Vous pourrez ainsi, en maîtrisant le dossier, développer durablement vos talents et servir plus efficacement l’écologie de votre ministère. 

Nombre de surface alimentaire ont aujourd’hui des dispositifs très efficaces pour limiter le gaspillage (dons aux associations avec logistique locale pour la récupération des denrées, rayons dates courtes à prix cassés, produits moches revalorisés, commandes ajustées, sas de produits frais pour une meilleure conservation, etc.). Certes, tout n’est pas parfait, mais notre profession a pris conscience de ce fléau depuis déjà quelques temps et nous agissons avec détermination au quotidien.


Un petit exemple : dans mon épicerie à Landerneau, en 2011, nous jetions 60 tonnes de déchets organiques contre 22 tonnes en 2015 ! Une réduction de 38 tonnes en 4 ans ! Comment est-ce possible ? Parce que la lutte contre le gaspillage est devenue un véritable projet d'entreprise. Le Projet Zéro Gâchis ! Une lutte au quotidien pour changer nos habitudes et celles de nos clients. Maintenant, c'est même devenu un "jeu", grisant, car les résultats sont spectaculaires et rapides.

Le principe est simple, la banane  tachée, promise auparavant à la benne, retrouve aujourd’hui une nouvelle vie mais avec un prix dégradé. C'est bon pour le portefeuille du client car c'est un achat malin (et engagé aussi!) et c'est aussi bon pour le commerçant et pour la planète.


Je vous propose de venir dans nos magasins. Nous nous permettrons, Madame la Ministre, de passer un petit coup d’eau de javel, ou de vinaigre ménager (c’est moins polluant et tout aussi décapant) sur vos préjugés, en vous expliquant toutes les actions que nous avons mises en place au niveau local et régional pour diminuer non seulement le gaspillage alimentaire mais aussi favoriser le développement durable et l’économie d’énergie avec des veilles constantes et progressistes sur le bilan carbone de nos PME.

Lutter contre le gaspillage est un devoir de citoyen. Il faut en faire une cause fédératrice !

un sas froid pour améliorer la conservation des fruits et légumes
un sas froid pour améliorer la conservation des fruits et légumes

Mais, l’immense chantier de lutte contre le gaspillage ne se situe pas au niveau de la grande distribution. Il nécessite surtout de rééduquer le consommateur pour qu’il n’oublie pas le citoyen et les devoirs qui lui incombent. Changer nos mauvaises habitudes à tous prendra du temps ! C'est un grand projet qui doit être pris à bras le corps et qui générera, demain, à coup sûr de la croissance et du progrès. La grande distribution peut être un partenaire judicieux pour diffuser la bonne "parole" dans nos "temples de la consommation". Surtout, ne gaspillez pas votre temps à produire des réglementations, des lois, des contrats... Une poignée de main suffira, un pacte citoyen et responsable avec la société civile et l’ensemble des partenaires, permettrait de fédérer autour de cette cause prioritaire qu’est la lutte contre le gaspillage.


Jeter est pour nous aussi, dirigeants et salariés de magasin, le dernier recours. C'est un constat d'échec et c’est surtout un mauvais coup porté à notre planète qui déjà vit sur ses ressources à crédit.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs"comme disait Jacques Chirac lors du Sommet de la Terre en 2002 à Johannesburg. Mettons le nez dans nos poubelles, nous pouvons très rapidement limiter cet incroyable gâchis, avec un peu de volonté, du bon sens comme le faisaient nos grands-parents qui eux, ne jetaient rien ! Sans jouer les réacs du "c’était mieux avant", une juste mesure adaptée à nos sociétés modernes est impérativement à initier.

Encouragez-nous, Madame Royal, pour que la France soit leader sur cette grande cause ! La réussite dépendra de votre capacité à impliquer de façon constructive et positive tous les maillons de la chaine. Nous pensons que l’effet papillon est une arme plus efficace que l’effet de manches pour plaider en faveur de cette cause. Pas vous ?

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Commentaires : 1
  • #1

    Roussec (mercredi, 26 août 2015 10:58)

    Belle réponse!!
    Une consommatrice qui approuve pleinement votre dynamique pour l'écologie et contre le gaspillage.
    Vive la planète!!